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Chapitre 4 · Protéger

Les mots entrent. Où ressortent-ils?

Scène 5 — Le registre

Sous le comptoir du café, un registre : tout ce que la ville a confié à la machine. Les horaires du boulanger, les inquiétudes d'une élève, l'adresse du notaire. Personne n'avait lu les petites lettres. Vous décidez de lire les petites lettres.

Chaque message est une décision

Un message tapé dans un service d'IA ne disparaît pas après la réponse. Selon le service, il peut être conservé, lu par des employés pour améliorer le système, utilisé pour entraîner les prochains modèles, ou traité sur des serveurs d'un autre pays, sous les lois de ce pays. Rien de tout ça n'est visible dans la fenêtre de clavardage — ça vit dans la politique de confidentialité que personne ne lit.

Les traces invisibles

Même sans « secret » dans les messages, l'accumulation parle : les heures d'activité, l'appareil, la langue, le fil des questions posées semaine après semaine. Un profil se dessine sans qu'aucune ligne ne l'ait révélé. C'est la deuxième raison de préférer les services qui ne conservent rien — la première étant qu'on n'a alors rien à leur faire promettre.

Au Québec, la loi prend position

La loi québécoise sur la vie privée (la Loi 25) donne des droits réels : savoir ce qu'une entreprise détient, le faire corriger ou supprimer, et être informé quand des renseignements personnels quittent le Québec. Et c'est ici que la souveraineté cesse d'être abstraite : des données traitées au Canada répondent au droit canadien; traitées ailleurs, au droit de quelqu'un d'autre. Demander « où ça s'exécute? » est une question de citoyen, pas de technicien.

Le cycle de vie d'une donnée

Ce que tu tapes suit un trajet : collecte (ta phrase part), stockage (elle reste un temps sur des serveurs, sous les lois du pays où ils se trouvent), réutilisation (certains services s'en servent pour entraîner leurs prochains modèles), transmission (des « tiers » — fournisseurs, partenaires — peuvent y toucher). Chaque étape est écrite dans la politique de confidentialité, en général au conditionnel prudent.

Au Québec, la Loi 25 te donne des prises sur ce trajet : savoir ce qu'on détient sur toi, le faire corriger, retirer ton consentement, et porter plainte à la Commission d'accès à l'information. Des droits, ça ne s'use que si on ne s'en sert pas.

D'où viennent les biais

Un biais n'est pas une opinion cachée dans le code : c'est un déséquilibre hérité. Des données (qui a écrit le corpus — et en quelle langue?), de l'étiquetage (les jugements de qui?), et du déploiement (testée sur qui, utilisée sur qui?).

Tu le vis peut-être déjà : la même question posée en français et en anglais ne reçoit pas toujours la même qualité de réponse — le corpus anglophone est des dizaines de fois plus gros. Un biais qui nous concerne directement, et un argument de plus pour des modèles entraînés sur nos textes.

Pour aller au bout de cette question : L'IA souveraine, expliquée.

Idées reçues — et ce qui est vrai

Idée reçue « Je n'ai rien à cacher. »

En réalité La question n'est pas la honte, c'est le pouvoir : ce qu'on sait de toi permet de te classer, te cibler, te prédire. La vie privée protège ta marge de manœuvre, pas tes secrets.

Idée reçue « C'est anonymisé, donc sans risque. »

En réalité Croisées avec d'autres bases, des données « anonymes » se réidentifient étonnamment bien. L'anonymat est une promesse difficile à tenir — la sobriété de ce qu'on partage reste la vraie protection.

Idée reçue « Supprimer mon compte efface tout. »

En réalité Copies de sauvegarde, données déjà transmises à des tiers, modèles déjà entraînés : l'effacement a des limites physiques. D'où la règle du chapitre : réfléchir avant, pas après.

Trois services, trois destins pour le même message.

Quatre situations. Chaque choix a des conséquences — choisir, puis voir ce qui arrive vraiment aux mots.

Termes de ce chapitre : Loi 25 · EFVP · Souveraineté en IA

Deux questions pour valider le chapitre :